Je m’appelle Léa, j’ai 22 ans et je suis étudiante en maitrise en environnement au Canada. Je suis une personne très engagée dans les problématiques environnementales. Je suis partie en workaway en Malaisie dans un site de production de bambou et de construction de mobilier en bambou avec une amie : Adèle.

- Pourquoi as-tu choisi de faire un workaway ?
Je voulais voyager et ne pas voir le côté touristique de la Malaisie, mais plutôt la « vraie Malaisie », c’est-à-dire comment vivent la plupart des gens, m’intégrer à la communauté malaisienne. Travailler et vivre avec eux a été, je trouve, la meilleure façon de m’intégrer. Faire un workaway c’est aussi voyager économiquement : le voyage m’a coûté environ 600 €, billet d’avion aller-retour compris. J’ai eu très peu de dépenses sur place puisque j’étais nourrie et logée.
J’ai choisi de faire ce workaway avec une amie, car c’est un voyage que l’on aurait toutes les deux voulu faire dans tous les cas, mais étant très jeune, partir à deux dans un pays aussi loin était rassurant.
- La Malaisie était un pays qui t’intéressait particulièrement ou as-tu choisi en fonction du workaway que tu as trouvé ? Où était ton workaway précisément ?
Au début, avec mon amie Adèle, nous n’avons pas réfléchi en fonction de la Malaisie, mais nous savions que nous voulions partir en Asie. Ensuite, nous avons regardé les workaway qui nous intéressaient. Il y en a un qui nous a beaucoup plu aux Philippines, mais quand nous avons vu que c’était la période des moussons, nous avons dirigés nos recherches vers des pays qui n’étaient pas en période de mousson en juin, comme c’est le cas de la Malaisie. Nous étions précisément à Sungai Siput dans l’État de Perak.

- Comment as-tu organisé ce voyage ?
Avec Adèle, nous n’avons pas vraiment organisé ce voyage. Nous avons acheté le guide du routard de la Malaisie et nous avons acheté nos billets d’avion 5 ou 6 mois à l’avance. Nous savions aussi que nous allions être nourries et logées donc nous avons décidé de planifier ce que nous ferions le week-end une fois sur place.
Nous n’avons pas eu besoin de faire de démarche administrative particulière.
- Comment s’est passée ton arrivée ?
Je suis arrivée dans la nuit, j’ai donc logé dans un hôtel proche de l’aéroport. Il faisait très chaud(environ 30 °C). Puis, j’ai passé la journée du lendemain dans les transports en commun. J’ai pris 3 bus pour aller de Kuala Lumpur à Sungai Siput où l’hôte est venu nous chercher.
Le trajet était assez stressant, car les gens sortaient et rentraient dans le bus comme ça : il n’y a pas d’arrêt de bus défini. Rien ne disait qu’on était à Sungai Siput, mais les locaux nous ont bien aidés. De manière générale, ils parlent bien anglais.
- Peux-tu décrire une journée type ?
Les bénévoles se lèvent à 8 h du matin. On a notre logement indépendant. On va manger à la cuisine commune qui était à l’extérieur. Il y a un aussi salon commun ouvert avec une télévision, une table pour manger et un canapé. C’est l’endroit où on pouvait tous se réunir. Ensuite, nous travaillions sur nos différentes tâches jusqu’à 13 h et l’après-midi était notre temps de repos. Chacun s’occupe en faisant de la lecture, du yoga, des balades, faire les courses, etc..
- Quelles étaient tes tâches ?
Il y avait trois tâches principales :
- L’entretien et le nettoyage du site
- La construction
- La participation au projet communautaire
Mais les tâches changent tout le temps en fonction de ce qu’il y a à faire. Par exemple, j’ai participé à la rénovation d’une maison en bambou, et à la finition d’une chaise que je devais poncer pour arrondir les angles.
Les hôtes sont aussi là pour créer une communauté. Par exemple, avec Adèle, comme projet personnel nous avons créé une fiche d’identité pour chacune des espèces de bambous afin de rendre le site plus éducatif.
- As-tu une anecdote à nous raconter ?
La fin du ramadan, qui est une fête très importante, allait avoir lieu en Malaisie. Nous devions donc nettoyer certaines maisons de l’hôte. À un moment, deux malaisiens, que je connaissais un peu, car ils travaillaient aussi pour l’hôte me dit de venir avec eux nettoyer une maison. Je monte donc dans une voiture, sans savoir où j’allais et sans avoir prévenu personne. J’arrive dans une maison (qui selon mes cadres français me paraissait abandonnée et ressemblait surtout à un bloc de béton). Ils me disent de nettoyer puis ils partent. Je balaie et il y a scorpion vivant par terre. Là, j’ai vu ma vie défiler : je me suis dit que j’avais été kidnappée, que personne ne savait que j’étais partie donc personne ne me retrouverait… Et puis au bout de deux heures, mon amie Adèle arrive dans la maison. Je lui saute dans les bras, tellement je suis contente de la revoir après avoir eu aussi peur.
- As-tu un plat malaisien favori ?
Chapati avec un curry. C’est une galette avec pleins d’ingrédient dedans, que tu manges avec les mains.

- As-tu vécu un/des choc(s) culturels ?
Oui, c’est la première fois que je voyais la pauvreté de mes propres yeux, car j’étais dans un village pas du tout touristique. Je voyais des maisons qui pour nous ne seraient que des blocs de béton. Il y a beaucoup d’ordures dans la rue, car il n’y a pas de système de collecte de déchets. Plus tu es en campagne, plus les gens ont un endroit pour brûler leurs déchets alors que dans les villes il n’y en a pas, donc ils sont jetés dans la rue.
Le deuxième choc culturel a été celui de la religion. En Malaisie, la religion musulmane prédomine. Certaines fois, j’ai été choquée de la place de la femme au sein de la communauté. Par exemple, lors de la fête de la fin du ramadan nous avons mangées chez des malaisiens. La femme ne pouvait pas s’asseoir, elle devait servir, alors nous nous sentions gênées. De plus, j’ai rencontré une femme qui m’a vraiment marquée. Elle devait avoir la quarantaine et aurait rêvé voyager comme nous à 20 ans, mais elle nous a raconté que dans leur religion elle ne pouvait pas faire ce genre de choses, car elle devait demander l’autorisation à leur mari.

- Comment as-tu perçu les relations avec les locaux ?
J’ai été choquée par le fait qu’ils soient autant admiratifs des Occidentaux. On se fait prendre en photos partout ; les gens nous arrêtent pour nous prendre en photos. On nous a même invitées à un mariage, car la présence d’Occidentaux est gage de réussite.
J’ai aussi remarqué que ce sont des personnes très généreuses et très aidantes.


- Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté ?
Ce voyage m’a permis d’améliorer mon anglais, car nous vivions avec deux Allemands, un anglais et un malaisien. J’ai aussi développé mon humilité, et mon savoir-vivre. Enfin, je me suis fait des amis avec lesquels j’ai gardé contact.
Cette expérience m’a aussi apporté des connaissances sur le pays, sur la culture musulmane, et sur les techniques liées au bambou.
- Peux-tu dire que cette expérience a changé ta façon de percevoir le monde ?
Oui, clairement oui. Quand on est face à ce type de pauvreté, c’est difficile ensuite de rentrer en France. Ça m’a pris deux bonnes journées avant de me reconnecter à ma réalité, en France. On a envie de sacrifier nos vies à aider ces gens-là. Et j’ajoute que je ne me plaindrais jamais autant qu’avant.

- As-tu des conseils à donner ?
Pour partir en workaway, je conseille de regarder les commentaires des autres, car c’est vraiment un gage de sécurité. De plus, ne pas hésiter à poser des questions à l’hôte et à bien se mettre d’accord avec lui sur les tâches que tu feras.
Par rapport au pays, je dirais qu’il faut toujours porter des vêtements qui couvrent le corps, car il est mal vu de montrer ses avant-bras ou ses jambes.
- Si tu devais repartir en workaway serais-tu partante ?
Bien sûr, car je trouve que ça vaut mile fois une expérience dans un lieu touristique. Pour moi, le voyage ce n’est pas que visiter les lieux où tout le monde va, mais c’est surtout s’intégrer à une communauté, connaitre leur culture et vivre avec la population locale.








